31 mars 2015

Comme des images - Clémentine Beauvais

Comme des images de Clémentine Beauvais
France

Edité chez Sarbacane, collection Exprim' - 2014

204 pages - 14.90€

Il était une fois... des ados sages comme des images, au prestigieux lycée Henri-IV, à Paris. Un lycée où les élèves se voient déjà en avocat, en médecin, en ministre. 
L'histoire commence le jour où Léopoldine a rompu avec Timothée pour Aurélien. Ou bien le jour où Timothée, par vengeance peut-être, a envoyé un mail avec une vidéo de Léopoldine, à tout le monde. Ses amis, sa sœur jumelle Iseult, les profs, les lycéens, les parents ; TOUT LE MONDE.


Dans la littérature jeunesse, on est habitué à lire des histoires se déroulant dans des lycées américains ou anglais. Mais avec Comme des images, on est plongé dans l'ambiance du prestigieux lycée Henri-IV de Paris, où élitisme et compétition sont les maîtres mots des élèves.
C'est dans ce monde à part que nous découvrons nos personnages, à la fois fascinants et réalistes. Il y a les jumelles, Iseult et Léopoldine - "Léo", totalement opposées. Léo se sert des gens, jouant avec eux. Elle vient de larguer Tim pour un autre gars. Elle le peut, elle le fait. Iseult est plus discrète, réfugiée dans ses dessins. Entre elles gravite notre narratrice anonyme. C'est la meilleure amie de Léo mais disparaît derrière elle ; se croyant donc meilleure amie irremplaçable, elle n'est en réalité qu'une fidèle ombre.

« T'as eu raison de casser, t'as eu raison ; casser, c'était la seule solution. C'est ce qu'on appelle de l'ironie tragique. On ne savait pas, à ce moment-là, qu'il y aurait quelqu'un d'autre dans cette histoire qui serait véritablement cassé, cassé comme ces petits oiseaux qui volent tout droit dans les fenêtres. A ce moment-là, on ne voyait pas la vitre ; juste le monde entier au-delà, par transparence. »

Le jour où un scandale touche Léo, la jeune fille ne laisse rien paraître. Elle est assez forte pour passer au-dessus de cela, mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Les images, quelles qu'elles soient peuvent briser les autres ; ce livre nous l'enseigne avec cruauté mais réalisme.

Dans ce livre, nul n'est épargné. Les personnages jouent avec les apparences, vivants dans une autre sphère que la nôtre ; ils sont riches, leur futur est déjà tout tracé... Les parents sont derrière eux. D'ailleurs, lorsque le scandale éclate, des extraits de mails du père des jumelles sont intercalés avec les chapitres. On a un autre regard sur cette affaire, mais c'est un regard pragmatique et détaché. D'autres extraits de conversations sms, rédactions, ou règlement intérieur apparaissent, nous montrant ce à quoi peut ressembler le quotidien de tous ces personnages.
Dans la spirale du scandale où tous sont entraînés, les professeurs ont aussi un rôle à jouer. Mais ce sont avant également les humains, avec parfois des réactions déplacées, voulant souvent faire le bien. D'autres personnages ne se priveront pas de dévoiler leurs pensées.
Compréhensifs, froids, choqués, perdus,... les personnages sont le principal atout de cette histoire.

« Ce que je comprends alors : on ne s'aime pas les uns les autres. Ou du moins, pas souvent. On s'utilise pour des questions de dignité ; pour que l'image qu'on renvoie aux autres soit la même que celle qu'on a de nous-même. »

Derrière ce titre très bien choisi, ce livre traite de la question fondamentale et délicate de l'identité. Nous sommes comme des images, mais qui se sache derrière toutes ces apparences ? Notre narratrice, dont nous ne connaîtrons jamais le prénom, est totalement cachée par Léo. Sans elle, elle perd tous ces points de repère, sans elle, elle n'est plus rien. Du moins, c'est ce qu'elle croit. Il faudra qu'une catastrophe arrive pour qu'elle prenne conscience de sa propre existence et qu'elle ouvre les yeux sur le monde qui l'entoure. 

Un livre percutant et perturbant, qui reste en tête longtemps. 

2 commentaires:

  1. Ce roman a également été un coup de coeur pour moi !
    Tu as bien cerné la question de l'identité, beaucoup de personnes passent malheuresement à côté.
    Et dire, que Clémentine Beauvais ne croyait pas en son livre !
    Elle a a commencé à l'écrire, et voyant que l'inspiration ne venait pas, elle a finalement arrêté, pour le terminer un an plus tard.
    (Si mon avis t'intéresse : http://l-ame-des-mots.blogspot.fr/2015/02/comme-des-images-clementine-beauvais.html )
    As-tu lu La Pouilleuse ?

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    1. Heureusement que l'auteure a terminé son livre, dans ce cas ! C'est une histoire avec un cadre original et un thème intéressant. Je n'ai pas lu La Pouilleuse...
      Et je vais faire un tour sur ton blog !

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