16 mai 2016

La dernière reine d'Ayiti - Élise Fontenaille

L'une de mes dernières chroniques portait sur un livre placé dans une période de l'histoire laissée de côté par l'école, à savoir la Fronde au XVIIe siècle. On remet le couvert avec un événement majeur qui est bien souvent peu approfondi. Lorsqu'on évoque la découverte de l'Amérique, on se cantonne bien souvent à dire que Christophe Colomb a trouvé un nouveau continent, que les premiers peuples n'ont pas survécu aux microbes apportés par les colons et que ceux-ci ont bien profité de leurs richesses. C'est déjà pas mal, certes, mais de ce fait on ignore toujours le point de vue des envahis au profit de celui des envahisseurs.

Heureusement, Élise Fontenaille nous offre une histoire qui rétablit une vérité historique douloureuse et indispensable. La dernière reine d'Ayiti se concentre sur le génocide des Taïnos par les colons espagnols. Dans le premier tiers du livre, le jeune Guaracuya nous raconte le quotidien de son peuple, ses coutumes et traditions. Les Taïnos sont pacifiques, doux et vivent en harmonie avec la nature. Mais tout va être bouleversé par l'arrivée des colons. D'abord accueillis avec chaleur, les hommes de Christophe et Bartolomé Colomb ne tardent pas à tromper l'hospitalité de leurs hôtes. Mais ces derniers sont loin du cliché du gentil sauvage. Ils ne sont pas dupes longtemps, mais il est déjà trop tard pour espérer les faire quitter l'île. Seule une petite partie des Taïnos et des rescapés des peuples voisins réussiront à échapper aux colons, mais à un prix trop bien élevé.

Ainsi, en très peu de pages on découvre l'ampleur de la barbarie de la colonisation des Amériques. La brièveté de cet ouvrage n'a d'égal que la rapidité terrible avec laquelle le peuple des Taïnos s'est éteint. Tout ce témoignage nous est délivré par Guaracuya, un personnage qui a réellement existé sous le nom d'« Enriquillo » et qui s'est opposé aux colons espagnols. On croise également de nombreux autres personnages historiques en plus des frères Colomb, comme le prêtre Bartolomé de las Casas qui a défendu les peuples envahis ou la dernière reine Aracaona. Toute une galerie qui joue ce destin funeste... mais l'héritage des Taïnos continue de perdurer aujourd'hui ; Élise de Fontenaille nous le prouve grâce à un lexique des mots taïnos passés dans le langage courant, tels que « tabac », « ananas » ou encore « canoë».

Un livre indispensable pour voir d'un autre œil la colonisation et ses ravages.

La dernière reine d'Ayiti d'Élise Fontenaille • FranceÉditions du Rouergue • 10,20 € • 112 pages • 2016 
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3 commentaires:

  1. merci lucile ! amitiés ayitiennes - Elise ( & Anacaona

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  2. J'aime bien les éditions du Rouergue. Pourquoi pas, si j'ai l'occasion, je pense que cet ouvrage me plairait :-)

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    1. Les livres du Rouergue sont toujours une valeur sûre :)

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