5 juin 2016

Je suis qui je suis - Catherine Grive

Qui est Raph ? On se le demande et Raph se le demande aussi. On suit ce personnage le temps d'un été qui navigue comme une âme en peine dans son immeuble. Ne partant pas en vacances parce que sa mère est enceinte, Raph passe ses journées à tenter de ranger sa chambre et à piller les boîtes aux lettres de ses voisins. Très solitaire, il passe ses journées à se questionner sur lui, sur les autres, dans une infinie tristesse.
D'apparence androgyne, Raph trompe les autres sur son genre et fini même par se tromper lui-même. Dans la première moitié du roman, l'auteure réussit le tour de force de ne jamais nous donner le moindre indice sur le sexe assigné à Raph en évitant les accords des participes passés. Et quand la révélation survient, cela n'aide absolument pas notre personnage à se sentir mieux. Au fond, ce n'est peut-être pas si important ?

« - Bonjour, madame. 
- Bonjour, made... jeun... 
Allez, un petit effort. Regarde-moi bien. Fille ? Garçon ? Tu trouves ? Oui ? Non ? Allez, pas grave. »

Ce petit livre est extrêmement intéressant ; tout d'abord, c'est la première fois que je vois le sujet de la non-binarité abordé en littérature jeunesse. Difficile de s'identifier au genre fille ou au genre garçon quand on ne se reconnait dans aucun des deux. Tout le questionnement qui perturbe Raph tourne autour de cela. Ensuite, outre ce sujet, c'est l'adolescence en général qui est traitée. À travers les non-dits, on découvre le mal-être de Raph, ce personnage qui ne se reconnaît en personne et qui se sent profondément incomplet. C'est le cas de beaucoup d'adolescents qui peuvent se sentir perdus ou différents. La quête de l'identité est au centre de cette période et cela est décrit avec justesse entre ces pages.

Je ne compte pas plus parler de ce petit livre du fait de sa brièveté. En 126 pages, tant de choses sont traitées ! C'est bien construit, intelligent et fort. À mettre en les mains d'adolescents un peu tristes qui se questionnent...

Je suis qui je suis de Catherine Grive • France Éditions du Rouergue • 9,20 € • 126 pages • 2016 

2 commentaires:

  1. J'avais adoré Catherine dans son (tout aussi court, tout aussi touchant) "Le bureau des objets perdus", et celui-ci me donne très envie. J'ai aimé la plume de cette auteure, pleine de tendresse et de légèreté dans l'intime, dans les sujets graves comme humoristiques...
    Le ton de ton article me donne vraiment envie de m'y plonger, merci ! Et c'est en effet un défi difficile à relever de parler de la non binéarité SANS PARLER du défi incroyable que représente l'esquive du genre à l'écrit, en français. On est à la 1ère personne ?

    Biz

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    Réponses
    1. C'est la première fois que je lis Catherine Grive et j'ai beaucoup aimé son écriture tendre et touchante. Je note dans un coin de ma tête Le bureau des objets perdus, du coup ;)
      OUI c'est à la première personne ! Je guettais le moindre accord d'adjectif pour tenter de comprendre si Raph était fille ou garçon mais rien ne transparaît ! pour tout te dire, j'ai tenté au début d'écrire ma chronique en évitant les accords, mais j'ai rapidement abandonné x)

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