1 nov. 2016

Je suis une fille de l'hiver - Laurie Halse Anderson

Anorexie. Le mot n'est jamais prononcé mais est au centre du roman. Lia est tourmentée par son corps de 45 kilos, hideux, monstrueux, énorme. Suite à plusieurs séjours à l'hôpital, elle berne sa famille en grignotant du bout des lèvres toute cette nourriture qui la dégoûte. 

« ::stupide/moche/stupide/chienne/stupide/grosse/
stupide/bébé/stupide/stupide/stupide/stupide:: »

Prisonniers dans sa tête comme elle l'est dans son corps, nous sommes témoins de son monologue intérieur désespéré. Et Lia souffre d'autant plus que sa meilleure amie Cassie l'a appelée exactement 33 fois le jour de sa mort.

Enfin, meilleure amie... Lia et Cassie avaient commencé à s'éloigner l'une de l'autre depuis quelques temps. « Je suis heureuse que tu aies décidé de ne plus traîner avec elle [...] Cassie était complètement paumée. Elle aurait pu t'entraîner dans sa chute », souffle Jennifer, la belle-mère de Lia. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que les deux filles (filles de l'hiver) étaient liées par cette course à la minceur.


Couverture originale (USA)
La famille de Lia est très présente autour d'elle. Il y a sa mère, le Docteur Marrigan, toujours occupée par son travail, son père, remariée avec Jennifer qui souhaite voir sa fille guérir, et Emma, sa presque-demi sœur de 9 ans. Ils sont tous armés de bonnes intentions, mais étouffent de fait Lia. Elle qui perd si facilement pied ne peut plus supporter leurs regards et leurs paroles réconfortantes. Elle ne veut ni guérir pour eux, ni pour elle. Ce qu'elle veut, c'est franchir ses paliers de minceur, se libérer de cette graisse - inexistante - qui l'obsède, être aussi légère qu'une plume pour s'échapper. Mais elle est hantée par le fantôme de Cassie, morte si soudainement et si mystérieusement. Lia est ainsi torturée en permanence, par son poids, par ses promesses, par son passé...

Comme dit plus haut, cette histoire est racontée à la première personne, donc par Lia. Beaucoup de jeux de typo sont présents au fil des pages : pensées censurées, injonctions destructrices en italique qui tournent en boucle dans l'esprit de notre personnage, phrases écrites en tout petit lorsqu'elle tente d'oublier ces 33 coups de fil. Mais surtout, dès que la nourriture est mentionnée, Lia ne peut s'empêcher de relever directement le nombre de calories de chaque plat, mentionné entre parenthèses. Son obsession est effrayante, au point que j'ai dû faire des pauses dans ma lecture pour reprendre mon souffle.

Tout comme Vous parler de ça, le précédent roman de Laurie Halse Anderson publié en France, Je suis une fille de l'hiver nous attache à une héroïne qui souffre, emmurée dans son propre corps. Avec une écriture magnifique et incisive, cette histoire nous plonge dans le monde des troubles alimentaires, dont vous ne sortirez pas indemne.

Je suis une fille de l'hiver de Laurie Halse Anderson • USA Wintergirls 2009 • Traduction de Marie de Prémonville La Belle Colère • 20 € • 310 pages • octobre 2016 

4 commentaires:

  1. Oh je n'avais jamais pris la peine de regarder de quoi parlait ce livre x)
    Ta chronique me donne super envie de le découvrir!

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    1. Le sujet est intéressant - et essentiel. J'espère que tu auras l'occasion de découvrir ce livre !

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