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23 sept. 2016

Un coupable presque parfait - Robin Stevens

ill. Nina Tara
Un coupable presque parfait est l'un des romans porteurs de la rentrée littéraire de Flammarion Jeunesse. Traduit de l'anglais, il est le premier tome d'une série d'enquête des jeunes détectives Wells et Wong. Et comme introduction à leurs aventures, il est parfait ! 

L'histoire se déroule en 1934. Daisey Wells et Hazel Wong sont deux pensionnaires de l'école de Deepdean. Pour tromper l'ennui, elles ont fondé une agence de détective et mènent des petites missions comme filer en douce leurs camarades. Mais leur passe-temps va rapidement devenir plus sérieux lorsque leur professeure de sciences disparaît... et que Hazel est persuadé d'avoir vu son corps dans le gymnase.

L'enquête de nos détective est racontée par Hazel dans son journal. Si Daisy est Sherlock Holmes, elle est Watson. Dans l'ombre de son amie, elle consigne les indices, dresse la liste des suspects rationalise les choses. Son « je » nous immerge dans l'enquête tout en permettant des digressions sur sa rencontre avec Daisy. Jeune Japonaise envoyée par son père en Angleterre pour étudier, Hazel a eu du mal à s'intégrer dans l'école. Mais Daisy s'est rapprochée d'elle, lui permettant de gagner le respect de ses camarades. Et Daisy est si belle, blonde et Anglaise ! L'amie rêvée pour Hazel. Jusqu'à ce qu'elle comprenne que Daisy se sert d'elle comme d'un faire-valoir. Nous avons ainsi une analyse intéressante des rapports entre les deux filles, l'une discrète, l'autre exubérante.

20 sept. 2016

Pour le plaisir des yeux #11


Avouez-le, lorsqu'on passe en librairie, il y a toujours des livres magnifiques sur lesquels on bave (avec élégance, bien entendu) ! Certes, souvent ils sont assez chers, mais on a tellement envie de craquer... Dans ce rendez-vous, je propose à vos petits yeux de briller de désir pour ces beaux objets !

Afin de varier la forme de ce rendez-vous, j'ai décider de vous présenter cette fois-ci non pas un livre ou un album, mais une maison d'édition entière. Votre œil s'est-il déjà posé lors d'une virée en librairie sur les couvertures graphiques et colorées des éditions Zulma ? Avec quelques exemples, c'est mieux :

 Rosa Candida
Rosa candida
Audur Ava Olafsdottir
Le Messie du Darfour
Le Messie du Darfour
Abdelaziz Baraka Sakin
Jeudi dernier, la librairie L'Histoire de l’œil (Marseille) a reçu Laure Leroy, fondatrice et directrice des éditions Zulma. Installés dans le jardin au fond du magasin, nous avons passé un agréable moment dans la fraîcheur du soir. Laure Leroy est revenue sur la création de sa maison qui fête ses 25 ans, l'origine de son nom (cherchez du côté de Balzac, notamment...), les tirages, les prix reçus, ces fameuses couvertures réalisées par le graphiste David Pearson sur la base d'un minuscule résumé de l'histoire envoyé... et a surtout présenté ses livres, textes dénichés dans le monde entier et édités avec passion. Son catalogue est riche et, une fois présenté, accompagné de quantité d'anecdotes d'éditeur, on n'a qu'une envie : se plonger dans tous les livres des éditions Zulma, tous plus beaux les uns que les autres !
Pour ma part, je n'ai pas encore eu l'occasion d'en lire un - ça ne saurait tarder - mais j'ai tout de même décidé de vous présenter ceux que j'ai retenu (il suffit de cliquer sur la couverture pour accéder à la présentation du livre sur le site des éditions Zulma).

 La vie en cinquante minutes
La vie en cinquante minutes
Benny Barbash
 Le Complexe d'Eden Bellwether
Le Complexe d'Eden Bellwether

 Le Garçon
Le Garçon
Marcus Malte
 Théodose le Petit
Théodose le Petit
Razvan Radulescu

14 sept. 2016

Les Fragiles - Cécile Roumiguière

Les Fragiles de Cécile Roumiguière
France

Sarbacane « Exprim » - avril 2016

197 pages - 15,50 €

Drew a 17 ans, on est grand à dix-sept ans. Pourtant, dans sa tête, Drew est encore cet enfant de neuf ans qui a pris le racisme de son père en plein plexus.
Drew déteste son père tout en cherchant à lui plaire. Jusqu'au jour où il rencontre...
Sky, une fille aussi fêlée que lui. Et solaire. Et belle ! Une qui, comme lui - mais comme son père aussi -, est une fragile.


Nous faisons la connaissance d'Andrew, petit garçon de neuf ans qui est témoin du racisme ordinaire de son père. Puis on retrouve Drew (encore Andy pour sa mère), dix-sept ans, qui s'efface devant son père, qui lui n'a pas changé. Le décor est planté : nous sommes dans le tristement banal quotidien d'une famille dont les membres se croisent, sans vraiment s'aimer et se détruise sans en prendre conscience.

Alors oui, ce n'est pas un livre très joyeux. C'est un livre à lire d'une traite (à peine 200 pages), pour ne pas laisser traîner cette tristesse. Mais bon, peut-être que les personnages vont connaître une grande évolution, qu'ils vont ouvrir les yeux sur yeux et que tout se terminera dans un éclat de bonheur et de félicité ? Ce n'est pas gagné. Ce roman tend à nous projeter sans ménagement dans la réalité.

Et dans la réalité, tout n'est pas noir ou blanc. Les personnages qui gravitent autour de Drew sous tour à tour mis sous le feux des projecteurs de la narration, nous permettant ainsi de nous rendre compte que chacun d'eux est... gris. Aucun d'eux n'est fondamentalement méchant ou mauvais.


Prenons l'exemple du père de Drew qui est tout aussi au cœur du roman que son fils. C'est un homme borné, raciste, sexiste, rustre... mais qui également cherche à comprendre son fils, à l'aider à trouver ce qu'il considère comme un « vrai » métier en faisant jouer ses contacts et qui s'applique à plaire à sa nouvelle compagne. Il trime pour sa famille et ne comprend pas qu'ils ne soient pas reconnaissants pour ses efforts. Il est désespéré de voir Drew s'enfermer dans sa chambre ou de traîner son corps d'asperge dans l'appartement, alors qu'il pourrait aller lever de la petite et boire des coups avec une bande de potes. Sa vision de la vie et de ce que doit être un homme, un vrai, est certes très-très-très réduite et stéréotypée, mais en même temps, lui n'a connu que cela. Ce sont les codes qu'il a intégré et ne supporte pas la différence, même en la personne de son propre fils. C'est indéniablement l'un des personnage les plus complexe et à la fois le plus ordinaire de ce roman.
La mère de Drew n'est pas en reste, un peu paumée mais qui trouve une motivation à vendre ses produits bio tout en fuyant les discussions sérieuses avec son fils.

Drew, notre fameux Drew, est tout aussi perdu, détestant son père mais ne pouvant s'empêcher de chercher son approbation. Il est solitaire, ne se sent réellement vivant seulement lorsque la force d'un riff agressif de musique vient l'apaiser et lui faire ressentir des émotions, émotions qu'il écrase vivement contre sa peau à grands coups de brûlures de cigarettes. Il se rend nul, frôlant tout juste la moyenne en cours alors qu'il a tant de facilités. Gâchis ? Peut-être. Mais sa rencontre avec Sky va l'illuminer. Sky mériterait elle aussi son paragraphe mais oh, je vous laisse un peu de surprises, tout de même !

Vous l'aurez compris, ce sont les personnages qui sont le point fort de cette histoire. Mais la forme en elle-même n'est pas en reste, puisque la construction du roman est assez particulière. Alternant entre un « Jour J » où l'on comprend bien vite que quelque chose d'irréparable s'est produit et des moments de vie des années auparavant, ces bonds dans le temps permettent de comprendre les relations complexes de cette famille, allant de la haine, au dégoût, en passant par certains moments plus beaux, ou du moins avec la volonté de l'être.

Point intéressant : ce livre parle d'automutilation, sujet rarement évoqué en littérature jeunesse et pourtant si important. Pour continuer cet aparté, je vous invite vraiment à lire Le faire ou mourir de Claire-Lise Marguier, au Rouergue qui traite aussi de l'automutilation à travers un personnage complexe et désespéré.

Pour conclure... lisez Les Fragiles ! Cette injonction n'est pas très originale, mais je pense sincèrement que des livres comme celui-ci peut ouvrir les yeux de certains ; les relations pères-fils, le creusement entre les générations, la confrontation à la haine ordinaire, tous ces sujets sont importants et méritent d'être racontés, lus. Et quand ils sont aussi bien retracés que dans ce livre, ça vaut le coup, vraiment, de se plonger dedans.

10 sept. 2016

Ronge bonbon - Cathy Cassidy

Ronge bonbon de Cathy Cassidy
UK - Scarlett 2006

Nathan Jeunesse - sortie le 6 octobre 2016

234 pages - 14,95 €

Je m'appelle : Scarlett
Mon âge : 12 ans
Je suis : perdue et en colère
Mon style : piercing, cheveux rouges
Je déteste : mon père, depuis qu'il est parti
Mon problème : ma mère, qui pense que m'envoyer vivre chez lui est « la meilleure solution »...


Voici enfin la traduction française d'un autre livre de l'auteure des Filles au chocolat ! Publié en 2006, Rouge bonbon nous présente l'histoire de Scarlett. Âgée de douze ans, elle n'a pas perdu son temps pour faire des frasques ; elle vient de se faire exclure définitivement de sa cinquième école. Sa mère, dépassée par son comportement, décide de l'envoyer chez son père, dont elle s'est séparée il y a deux ans.
Donc, nous avons au menu une jeune fille au tempérament rebelle, en colère contre son père et rêvant de tout casser pour se sentir libre... tout cela me rappelle Honey, l'héroïne de Cœur Vanille ! Comme elle, Scarlett va devoir apprendre à se contrôler et à connaître sa nouvelle famille. Son père a refait sa vie avec une Irlandaise, déjà mère d'une petite fille, Holly. Ils sont installés à Kilimoor, un village perdu au fin fond du pays des Leprechaun. Tout cela est bien loin de l'agitation frénétique de Londres à laquelle Scarlett est habituée. Bye bye les écoles immenses et bonjour la classe unique de primaire du village ! Mais la tranquillité des lieux n'apaise pas notre héroïne qui va bien vite trouver de nouvelles bêtises à faire.

Scarlett est en roue libre, rouge de colère, calfeutrée dans une carapace de rage. Elle hait son père après avoir entendu sa mère s'en plaindre depuis son divorce, tout comme sa nouvelle belle-mère beaucoup trop sympa pour trouver grâce à ses yeux. Et ne parlons pas de la petite Holly, qui voit dans cette demi-grande sœur tombée du ciel un modèle de coolitude à imiter coûte que coûte. C'est face à cette soudaine admiration que Scarlett va commencer à se fissurer et à comprendre qu'à douze ans, il est temps pour elle d'être responsable. Son exil forcé en Irlande va doucement la faire mûrir jusqu'à trouver une sorte de paix. Ce ne sera pas sans difficulté, évidemment. Surtout qu'un garçon mystérieux la fascine...
Hum, et là c'est un peu le cheveu sur la soupe. La rédemption de Scarlett la rebelle est la partie la plus intéressante de ce livre, mais quand on passe du rouge colère au rouge passion, on se lasse... Cette petite histoire d'amour est totalement accessoire à l'intrigue, et il aurait peut-être été judicieux de ne pas inclure de romance, pour une fois, dans un roman pour pré-adolescents ? Enfin bon, les passages avec ce garçon ont au moins le mérite de nous faire découvrir le folklore irlandais, un bon point.

Enfin, tout ça pour dire que ce nouveau Cathy Cassidy est aussi mignon, juste et touchant que les précédents. Les thèmes abordés sont toujours aussi bien traités, l'héroïne est aussi pénible qu'attachante et le dépaysement irlandais est réussi ! À lire sans modération.


Mes avis sur les autres livres de Cathy Cassidy : Aux délices des anges (2014), Cœur Vanille (2014), Cœur Sucré (2015), Miss Pain d'épices (2015)